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MASTERVOICE : instrument-transition

by MASTERVOICE

6.00



Pour un musicien, se produire en duo n’autorise aucun relâchement. Alors, à fortiori, quand les instruments en question se résument à l’élémentaire basse-batterie, section rythmique traditionnellement chargée d’envoyer tout le monde au ciel, le challenge se révèle encore plus ardu. Et, excusable péché de gourmandise, la tentation, jamais bien loin, de remplissage démonstratif, peut vite emmener le projet dans le premier mur venu ! Mais pour jeunes qu’ils soient, les deux Mastervoice - Quentin Guyonnet, Arthur De Cossette, batteur et bassiste, respectivement – ont évité l’obstacle à la façon de vieux briscards expérimentés. Après avoir rapidement saisi le prix du court silence et de la légitime respiration dans une musique qui aurait pu se contenter de fureur et de fracas. Il y a de la place pour tout ça dans la plupart de leurs morceaux. Et pour plus encore. Savant dosage de punk, noise et émocore. Devenu séduisantes déferlantes atmosphériques où, hors oreille avertie, il est parfois difficile d’admettre qu’ils ne sont pas plus de deux pour accoucher d’un tel bazar. Chantant l’un comme l’autre, et plutôt bien, histoire de donner une meilleure assise à ce qu’ils dépeignent du bout des doigts. Ou à la force du poignet. Mais en lâchant les gaz. Et rien ne manque…
Formé en 2006, le duo, depuis a fait du chemin. Jouant partout où c’est possible et sans jamais se départir de cette pulsion de dynamo transformant chacune de leurs prestation – ou presque – en vrai moment d’énergique lévitation. Sur scène, il y a osmose entre ces deux-là, et si dans ce format réduit, c’est un minimum à demander, il n’en reste pas moins qu’il n’y a plus beaucoup de rivaux recensés à marcher ainsi sur les traces de Sabot, Belly Button ou de leurs plus contemporains voisins Charentais Gâtechien. Avec, outre l’inhabituelle combinaison basse-batterie, le noise-rock comme dénominateur commun. Chacun l’arrangeant à sa sauce. Un démarquage sensible pour lequel Mastervoice ne s’est pas fait prier en donnant suite au prometteur ‘Avalanche’, édifiant premier album. Avec, en conséquence directe, un nouvel EP six titres sur le présentoir. Enregistré par Peter Deimel au fameux Black Box studio, dans la campagne Angevine, l’une des niches favorites des bruitistes de tous poils. Et de tous pays ! Masterisé par rien moins que Bob Weston à Chicago. L’ancien Volcano Suns. Passé ensuite par Shellac, aux côtés de Steve Albini. Groupes et personnages dont le seul énoncé aidera à circonscrire encore davantage la ligne de feu et la nature de l’incendie. Des flammes couvrant de Dischord jusqu’à Amphetamine Reptile, de Jesus Lizard jusqu’à Unsane. Et si vous leur posez directement la question, ils ne seront sans doute pas les derniers à allonger la liste. Pas les derniers non plus pour vous expliquer que si c’est à ça qu’ils se sont copieusement nourris, ils n’étaient pour autant pas sous perfusion. Aspirant désormais à assurer leur propre pitance. C’est légitime. Ils avancent à grands pas. Ecoutez-les. Ce six-titres fera le reste !
Alain Feydri.